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Retour sur mon voyage en République du Sénégal

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26 Fév Retour sur mon voyage en République du Sénégal

En tant que membre de la Commission Développement du Parlement européen, j’ai participé au voyage organisé du 13 au 16 février en République du Sénégal.

La Commission Développement, chargée de la promotion, de la mise en œuvre et du contrôle de l’aide au développement, a ainsi eu l’occasion, au travers de cette visite, de mesurer l’intérêt et l’efficacité de différents programmes d’aide au Sénégal sur lesquels je reviendrai dans ce compte-rendu.

En particulier, nous avons eu l’occasion de mieux comprendre dans quelle mesure une politique de coopération sérieuse et correctement suivie peut en théorie (plus difficilement en pratique) participer de la fixation des populations locales dans les pays d’émigration, et ainsi servir leur propre développement économique, tout en maîtrisant les flux de départs vers les pays développés, en particulier européens.

En matière d’immigration, mon action politique, tant au Parlement européen que sur la scène intérieure française, repose sur une conviction à la fois exigeante et humaniste. J’ai toujours en effet été intimement persuadée que la nécessité de réduire les flux d’émigration vers nos pays, la France en premier lieu, n’était un objectif crédible qu’à la condition de participer au meilleur développement économique des pays susceptibles d’envoyer des migrants dans nos contrées.

C’est d’ailleurs tout le sens de mon engagement au sein de la Commission Développement : permettre une coopération efficace avec les pays d’émigration contribue au maintien sur leur territoire des ressources humaines indispensables à la croissance économique locale, les talents et personnes les mieux formées étant susceptibles de rester y travailler, former le reste de la population, tout en menant à une baisse des flux d’entrées légales ou illégales vers les pays d’accueil.

Dans ces derniers, l’immigration est aujourd’hui considérée par l’opinion publique comme étant excessive, et je partage ce point de vue. Je déplore en revanche que l’utilité de la politique de coopération avec les terres d’émigration soit insuffisamment mise en avant dans le débat public, alors même qu’elle est une partie de la solution de cette équation très complexe.

La problématique de l’immigration et des flux migratoires est centrale au Sénégal, dans la mesure où la position géographique de ce pays le place au carrefour des mouvements migratoires que connaît l’Afrique, en particulier s’agissant des mouvements en provenance de Guinée Bissau, Guinée Conakry et Gambie, vers le Mali et le nord de l’Afrique, à destination des pays européens.

Notre visite au Sénégal a commencé par une réunion de travail à Dakar, organisée par la Délégation de l’Union européenne en République du Sénégal. A cette occasion, nous ont été présentés la situation économique du Sénégal ainsi que les différents programmes d’aide actuellement effectifs au Sénégal.

La question de la coopération étant, comme je l’ai souligné, intimement liée à celle de l’immigration, nos interlocuteurs nous ont expliqué en quoi la diaspora sénégalaise dans le monde contribue aujourd’hui de manière significativement plus élevée au développement économique du pays (par des transferts de fonds) que la politique de coopération elle-même.

Les différents programmes d’aide qui nous ont été expliqués sont en réalité gérés par les agences nationales d’aide au développement et de coopération. Il apparaît dans ce contexte que l’aide apportée par l’AFD (Agence Française de Développement) représente une part importante des montants globaux. J’ai souligné ce point, et les réponses apportées par la Délégation à l’UE ont permis à mes collègues d’autres pays de mesurer les liens spécifiques qui unissent la France au Sénégal, du point de vue de l’histoire, de la langue ou encore des échanges économiques contemporains. Ce sont ces liens qui contribuent aujourd’hui à la forte influence française dans la politique de coopération européenne avec le Sénégal. L’enjeu central du Fonds Fiduciaire d’urgence pour l’Afrique a par ailleurs été largement évoqué.

J’ai également été fait part de mon intérêt pour la meilleure allocation possible des fonds dédiés à certaines causes particulièrement sensibles et importante comme celle liés aux phénomènes de malnutrition afin que l’aide apportée puisse toucher le maximum de personnes concernées.

La suite de notre voyage s’est déroulée à Tambacounda où nous avons rencontré le gouverneur et où nous avons pu mesurer que les programmes d’aide de l’Union européenne entretenaient une forme d’influence forte sur les représentations des différents partenaires locaux.

Dans la journée du jeudi 15 février, nous avons effectué cinq visites au programme de notre voyage dans les alentours de Tambacounda, dont par exemple celle d’une exploitation agricole spécialisée dans l’agroforesterie sur plus de 1500 hectares. Dans la mesure où cette exploitation emploie des migrants, nous avons pu constater à quel point une initiative de ce type pouvait permettre de lutter contre les phénomènes de migration irrégulière et d’exode rural, problématiques centrales dans cette partie du pays. D’autres rencontres ont été particulièrement enrichissantes, comme celle avec des membres du « Dental Sukaabe Bunndu », habitants de différents villages du département de Goudiry ayant tenté leur chance dans le cadre de l’émigration, et ayant pris conscience de la nécessité de fixer les populations locales sur place, et de les aider à participer au développement économique du pays.

Mais c’est certainement une escale non prévue au programme qui a été la plus instructive. Nous avons en effet eu l’opportunité de visiter un point de contrôle (checkpoint) situé à Tambacounda, censé mesurer les flux migratoires en provenance de Guinée Bissau, Guinée Conakry et de Gambie, et financé par l’Union européenne. Nous avons été frappés par l’inefficacité totale de ce point de contrôle, manifestement largement sous-doté en personnel, fermé la nuit, au moment où les flux de migrants sont les plus importants, et non assisté de personnels de police. Le checkpoint n’ayant par ailleurs pas la possibilité d’inspecter de manière systématique les véhicules qui empruntent ce trajet, ni de collecter de données précises sur les migrants en transit, il nous est apparu qu’il constituait un véritable gaspillage d’argent public, en quelque sorte un cas d’école de ce qu’il faut éviter de financer si l’on veut contribuer à une connaissance effective et sérieuse des flux migratoires.

Il ressort de ces différentes expériences et visites que la politique d’aide au développement et de coopération avec l’Afrique et le Sénégal en particulier est encore aujourd’hui largement trop peu encadrée et efficace. De nombreux points d’amélioration sont perceptibles et mériteraient une réflexion approfondie tant au niveau de l’Union européenne que des différentes agences nationales.

Plusieurs interrogations subsistent ainsi sur la nature des fonds alloués, leur répartition ou encore le contrôle de leur utilisation.

L’influence de cette politique de développement sur le maintien des populations dans le pays d’origine reste également à prouver, quand bien même elle est éminemment souhaitable. Et il apparaît assez évident que l’efficacité de la politique mise en œuvre actuellement reste en la matière particulièrement faible.

Je n’ai pas non plus été davantage convaincue, à l’issue de ce voyage, par l’idée que la centralisation et la coordination des programmes d’aide au niveau de l’Union européenne constituaient une solution plus efficace que l’octroi et la gestion des fonds par les différents Etats membres directement, via leurs agences nationales de développement. En effet, il apparaît qu’une bonne allocation des fonds, et surtout un contrôle de qualité de l’utilisation qui en est faite localement, dépend essentiellement de la nature des liens qui unissent le pays bailleur et le pays receveur. Dans le cas du Sénégal, où l’aide française est essentielle et semble-t-il la mieux maîtrisée, cette conclusion s’impose avec force.

Les propos tenus sur ce site n'engagent que leur auteur et non pas le Parlement européen.